La territoriale par Antoine Pavia 1/2
Souvenirs de Sidi-bel-Abbes
En restituant mon paquetage à la gendarmerie à mon retour de Kabylie, j'avais cru naïvement me débarrasser à tout jamais de tout ce qui, de près ou de loin, touchait à l'Armée. Je me trompais lourdement, la grande muette ne lâchait pas aussi facilement ses proies. Avec mon nouveau patron, accessoirement commandant l'unité territoriale de ce gros village où je venais d'entamer ma vie professionnelle, je n'avais aucune chance de passer entre les mailles du filet. À peine donc avais-je posé ma valise que j'avais été promptement épinglé et affecté d'office au groupe d'auto-défense du patelin.
Les Unités Territoriales, la "Territoriale" comme on disait plus communément, dépendaient de l'autorité militaire.
Elles étaient composées exclusivement de civils d'origine européenne âgés de moins de cinquante ans. Leurs missions, en dehors de quelques patrouilles anodines, se limitaient à la seule protection d'endroits considérés comme stratégiques. Dotés d'un armement ridiculement obsolète, ces supplétifs étaient donc régulièrement convoqués pour effectuer des gardes nocturnes dont la fréquence dépendait essentiellement de la richesse de l'effectif de l'unité. Autant dire que dans cette petite ville où la population mobilisable était réduite à la portion congrue, la rotation de ces corvées avait pris un rythme plutôt accéléré qui réclamait ma présence sur le terrain au moins deux fois par semaine.
Compte tenu d'un parcours militaire apparemment jugé probant et venant tout juste à son terme, j'étais tout désigné pour commander le petit groupe d'une quinzaine d'hommes, tous plus âgés que moi, des agriculteurs et chefs de famille pour la plupart, avec pour mission immuable d'assurer la garde d'une ferme désaffectée aux abords de l'agglomération. Elle servait de base arrière à une unité du train chargée de l'approvisionnement du secteur.
